Ce bon bougre de métayer (Gaston Couté)

Vous dormirez en paix, à riches !
Vous et vos capitaux,
Tant que les gueux auront des miches
Pour planter leurs couteaux!
(Moralité du couteau de Th. Botrel.)

Quand le gueux eut décanillé
A l'aurore approchante,
Ce bon bougre de métayer
Que le barde nous chante,
Fit des expliques à sa femme
Qu'il venait d'ézyeuter
Par montre d'une si belle âme,
Par tant -de charité.

" Pour protéger les capitaux
Et le somme des riches,
Quand la Faim brandit ses couteaux,
Sacrifions quelques miches ! "
L'honnête homme, sans qu'on l'y pousse,
Nous dit ta parenté :
Fille directe de la Frousse,
O sainte Charité !

Si ton sein est un beau coussin
Où quelques-uns se vautrent ;
Elle naît aussi de ton sein,
La bassesse des autres !
Au gîte affamé, Quand tu rentres,
C'est pour précipiter
La saine lâcheté des ventres,
Infecte charité !

Tu te saoules dégoûtamment
Malgré ton eau bénite !
Et, saoule, tu t'en vas semant
Ta pudeur hypocrite :
Alors, tu n'es plus qu'une grue
Dansant à la santé
Des mille douleurs de la Rue...
Garce de charité !

Pauvret qui laissas ton couteau
Dans la miche alléchante,
Partons le quérir aussitôt,
Viens avec nous et chante :
“ Métayer du blé que féconde
L'amour blond de l'Eté,
Il faut du pain pour tout le monde
Et plus de charité !