Cruelle attente (Gaston Couté)

Un soir qu’il gelait à tout fendre,
Un gâs de chez nous fut attendre
Une garçaille de chez nous
Au coin du bois, leur rendez-vous
Et, dessous la lune blêmie,
Histoire de passer le temps,
En attendant sa mie
Le gars allait chantant...
Le gars allait chantant
En attendant sa mie,
En attendant sa mie.

Du haut des cieux tendus de crêpes,
Comme un essaim de folles guêpes
De la neige dégringola.
Et la belle n’était pas là...
Lors, par la campagne endormie,
Dans son lit glacial et blanc,
En attendant sa mie
Le gars allait tremblant...
Le gars allait tremblant
En attendant sa mie. (bis)

Pendant tout ce temps la garçaille
Faisait d’amour grande ripaille
Au coin du feu bien chaudement,
Entre les bras d’un autre amant;
Et, pressentant cette infamie,
Pauvret au coeur naïf et franc,
En attendant sa mie
Le gars allait pleurant...
Le gars allait pleurant
En attendant sa mie. (bis)

Le mordit de baisers la bise;
Le gel à travers sa chemise
Ses fines aiguilles planta,
Et pour lui le hibou chanta,
Si bien que, quand l’aube palie
Au-dessus du bois apparut,
En attendant sa mie
Le pauvre gars mourut...
Le pauvre gars mourut
En attendant sa mie. (bis)