La gommeuse pudique (Gaston Couté)

J'étais une petit' chanteuse
Sorti' tout fraîch'ment de pension ;
Je n'étais pas encor noceuse
Et n'en avais pas l'intention.
J'voulais quand mêm' rester honnête,
Avec mon art gagner mon pain ;
Mais quand j'chantais mes chansonnettes
Chaqu'soir l'public criait au r'frain :

Refrain :
« La jambe, la jambe,
La jambe avec sa chanson !
Nous somm's venus pour ses nichons
Et pour qu'ell' nous fass' voir ses jambes !
Ses jambes, ses jambes,
Si nous ne voyons pas ses jambes
Dans un retroussis frétillard
Nous ferons du pétard ! »

Je n'leur chantais pas de ces choses
Qui font pâmer d'ais' les fauteuils ;
Je n'montrais pas de dessous roses
En clignant gentiment de l'oeil;
Car je n'pouvais pas devant l'monde
M'résoudre à c'qu'on r'luqu' mes mollets
Et j'rougissais lorsqu'à la ronde
On me disait à chaqu' couplet :
(au refrain)

Bien qu'la vertu soit mon idole
C'est un'monnaie qui n'a plus cours
Aussi, dés ce soir je m'enrôle
Dans le bataillon de l'amour ;
Tout comm' ces dames de la Butte
Je veux sauter comme un cabri
Seul'ment, messieurs, pour qu'je chahute
Faudra que vous y mettiez l'prix.

Dernier refrain :
La jambe, la jambe,
La jambe avec ma chanson !
Ressentez-vous le p'tit frisson
A regarder ainsi mes jambes !
Mes jambes, mes jambes !
Si vous voulez mieux voir mes jambes
Je vous attends, gros polissons,
Demain à la maison.