Les gâs et les filles (Gaston Couté)

En leurs cotillons de futaine
Qui flottent et claquent au vent,
Les filles s’en vont, en rêvant,
Laver le linge à la fontaine...
Et, sous les couchants au front d’or,
Les gâs, en chantant leur romance,
Jettent le grain de la semence
Au sein de la glèbe qui dort.

De quoi rêvent les filles ?
— Des gâs !
Et que chantent les gâs ?
— Les filles!

Timides, sous leurs coiffes blanches,
Et prises de vagues espoirs,
Les filles aux lourds chignons noirs
S’en vont danser, les beaux dimanches ;
Et les gâs, entendant gémir
La viole aux voix caressantes,
Au plus profond de leur chair sentent
L’énervant frisson du désir.

Que souhaitent les filles ?
— Les gâs !
Et que veulent les gâs ?
— Les filles !

Les soirs, parmi les landes pleines
De l’encens fauve des genêts,
Les filles jettent leurs bonnets
Par dessus les moulins des plaines.
Et les gâs, en l’ombre des bois
Où tremblotte la lune rose,
S’en vont cueillir la fleur éclose
Qui ne se cueille qu’une fois.

Qui fait fauter les filles ?
— Les gâs !
Et qui pousse les gâs ?
— Les filles !

Par les prés où dorment les songes
Les filles vont à pas dolents,
Portant l’Ennui dans leurs seins blancs
Et sur leurs lèvres des Mensonges ;
Et les gâs vont suivant leur coeur
Qui, dans sa course vagabonde
Leur fait faire, avec brune ou blonde,
Les étapes de la douleur.

Qui délaisse les filles ?
— Les gâs !
Et qui trompe les gâs ?
— Les filles !

Les filles vont ; traînant leurs peines,
Le front morne et les yeux rougis,
Au bas des calvaires où gît
L’amant divin des Madeleines ;
Et les gâs, qui ne veulent plus
De l’amour retenter l’épreuve,
S’en vont se jeter dans le fleuve,
Ou s’étrangler sur les talus...

Qui fait pleurer les filles ?
— Les gâs !
Et trépasser les gâs ?
— Les filles !...