Les jachères (Gaston Couté)

Je viens de cueillir les baisers derniers
D’un amour passé dont récolte est faite ;
J’ai des souvenirs tout plein mon grenier :
Gerbes de soucis et bouquets de fêtes.
Mais mon coeur est tel qu’un champ moissonné
Dont les blés ont bu jusqu’au bout la sève,
Mon coeur est bien las ! Pourtant vous venez
Avec de l’amour à semer sans trêve.

Refrain :
Lorsqu’il a rendu plusieurs fois moissons
— Qu’en pensez-vous, ma chère ?
Vaut-il mieux laisser son champ en jachères
Ou l’ensemencer pour d’autres moissons ?

Malgré l’engrais tiède et les clairs labours
Aux champs frais fauchés les épis sont blêmes !
Aux coeurs d’où l’on vient d’arracher l’Amour,
L’Amour qui fleurit est un peu de même.
Et qui sait ? Semeuse en mauvais terrain
Épuisé qu’il est par maintes récoltes,
Qui sait seulement si votre bon grain
Ne tombera pas aux corbeaux qui voltent ?
(au refrain)

Mais les métayers comptent toujours voir
L’or des blés jaillir de leurs pauvres terres
Et les amoureux ont toujours espoir
En l’Amour qui naît d’amours qu’on enterre.
Nous comptons couper du grain ! Et, pourtant,
Si nous ne fauchions que des brins de paille ?...
Réfléchissez donc, tandis qu’il est temps,
Avant que d’avoir commencé couvrailles !
(au refrain)