Les moulins morts (Gaston Couté)

On vient d'arrêter le moulin
Qui chanta, chanta, tout le jour,
Son refrain tout blanc, tout câlin
En faisant son oeuvre d'amour...
Et je suis là, ce soir, mon Dieu !
Gisant quelque part, au milieu
Du moulin où plus rien ne bruit...
Avec mon coeur pareil à lui !...

L'odeur du buis, le son du glas,
Un temps de neige, un soir d'ivresse
M'attristent moins que la tristesse
Des moulins qui ne tournent pas !...

Les meules ont l'air d'écraser
Du silence sous leur torpeur...
Et le blutoir ankylosé
Crible de la nuit sur mon coeur,
Mon coeur déjà si plein de nuit
Et que le silence poursuit
Toujours, toujours, depuis le jour
Où finit mon dernier amour...

L'eau coule, pleurant de langueur,
Sous la vanne aux bords vermoulus,
Comme l'inutile douleur
D'un coeur aimant qui n'aime plus...
Et ce coeur-là, mon coeur à moi,
Sentant sa peine avec effroi
En la douleur morne de l'eau,
Vient à crever d'un gros sanglot...

Holà ! clair meunier de l'Espoir
Qui remets en marche, le jour,
Le moulin qui s'arrête au soir
Comme un pauvre coeur sans amour !...
Holà ! déjà l'aube éclaircit
Le moulin... et mon coeur aussi !
Holà ! holà ! meunier qui dors,
Ressuscite les moulins morts !...

L'odeur du buis, le son du glas,
Un temps de neige, un soir d'ivresse
M'attristent moins que la tristesse
Des moulins qui ne tournent pas !...