Les pies (Gaston Couté)

Je suis un gâs du tour de France
Qui chemine depuis huit jours
Pour retourner au bourg d'enfance
Où nichent ses amours.
J'ai le coeur gai comme un pinson
En suivant le bord de la Loire,
Mais soudain, malgré ma chanson,
Voilà que j'ai des idées noires.

Refrain :
A main gauche, vers les semeurs,
J'ai vu s'envoler des pies :
(A main gauche, c'est du malheur !)
Et je songeais à ma mie !

Que se passe-t-il de si grave
A la maison vieille où fleurit
La giroflée dessus la cave
Et jusque dans le puits ?...
Je vois des gens noirs sur le seuil,
Quatre chandelles allumées,
Et, sur le bois blanc d'un cercueil,
Les fleurs en croix des giroflées !
(au refrain)

Qu'arrive-t-il de si terrible ?...
Je vois ma belle allant au puits,
Tous les soirs, quand le voisin crible
L'orge pour l'écurie...
Et cette gueuse, chaque fois,
Lui jette un brin de giroflée :
Il n'en restera plus pour moi,
Pour fleurir mon jour d'arrivée.
(au refrain)

Ah ! que ces choses sont affreuses !
Mais, dis-moi que ça n'est pas vrai
Et que les pies sont des menteuses
O semeur des guérets ?...
- Ne zyeute pas de tous côtés,
Passe, passe, le gâs qui passe !
Laisse venir les destinées
Et regarde la vie en face...
(au refrain)