Ma chatte grise... (Gaston Couté)

Ma chatte grise était insupportable
Et vieille de treize ans au moins :
Elle volait ma viande sur la table
Et foirait partout dans les coins !
Je vous avais aussi, maîtresse brune
Et jeune autant qu'il est permis :
Vous me faisiez des scènes importunes
Et couchiez avec mes amis.

Refrain :
J'ai tué notre amour
(Il fallait en finir !)
J'ai tué notre amour
Comme j'ai l'autre jour
Noyé ma chatte grise.

Dans l'étang vert où flottent des charognes
J'ai, d'un geste plein de dégoût,
Jeté ma chatte aux façons sans vergogne,
Avec un bloc de grés au cou ;
Et vous, maîtresse aux trahisons sans nombre,
Je vous ai jetée dans Paris,
Grand étang noir où plus d'une âme sombre,
Avec le poids de mon mépris.
(au refrain)

Lorsque j'ai vu mourir ses feux d'agate
Dans l'onde couleur vert-de-gris,
Je me suis dit : « Ma pauvre vieille chatte !...
Elle attrapait bien les souris ! »
Depuis le froid tantôt où vous partîtes
Lorsque parfois je me souviens,
Je pense au fond de moi : « Pauvre petite !...
Après tout, elle m'aimait bien! »
(au refrain)

Lors, maintenant, sur l'étang vert qui porte
Malgré les gros pavés de grés,
L'amas flottant des pauvres bêtes mortes
Je vois monter tous mes regrets ;
Et, dans la rue infernale où subsiste
Un lambeau de mon amour mort,
Lorsque je vois les filles aux seins tristes,
Je vois passer tous mes remords.
(au refrain)