Petit Poucet (Gaston Couté)

Puisqu’on ne trouve plus sa vie
Au bout des sillons de chez nous,
Un jour, j’ai dû quitter ma mie
Pour la ville où pleuvent les sous ;
Et, ce jour-là, dans ma mémoire :
Lit clos des contes du passé,
J’ai vu se réveiller l’histoire,
L’histoire du Petit Poucet.

Refrain :
En partant chez l’ogresse,
L’ogresse qu’est la vie,
J’ai semé des caresses
Pour retrouver ma mie !

Poucet semait parmi les sentes
Son pain bis et ses cailloux blancs.
Sur le corps blanc de ma charmante
Quel semis de baisers brûlants !
Sur son front et ses yeux en fièvres,
Sur son ventre et ses seins en fleurs,
Le geste rose de mes lèvres
A semé l’Amour de mon coeur.
(au refrain)

Plus tard, pour retrouver ma mie :
« Où sont mes baisers d’autrefois ? »
Les baisers sont de blanches mies
Sous le bec des oiseaux des bois.
Plus un seul ! sur sa chair impure,
Un seul ! de mes baisers brûlants !
Tous sont partis sous la morsure
Du baiser des autres galants !
(au refrain)

Ma mie qui ne se souvient guère
Se rappelle pourtant qu’un jour,
Je l’ai frappée dans ma colère
D’une gifle de mon poing lourd.
Elle me reproche ce geste
Toujours avec la même ardeur.
Le mal est un caillou qui reste
Dans les pauvres sentiers du coeur !
(au refrain)